J’ai reçu un beau conte de Noël venant d’un prêtre québécois qui vit au Japon depuis plusieurs années. Il me fait plaisir de vous le partager car il vous parle de la sauge, Salvia, qui est celle qui sauve. Je ne connaissais pas cette légende qui a donnée des vertus thérapeutiques à la sauge. Merci au père Arthur Beaulieu !
Tandis que les bourreaux du roi Hérode, féroces et tous couverts de sang, fouillaient la région de Bethléem pour égorger les petits enfants, Joseph courait à l’avant lorsqu’il apercevait un village, pour y demander l’hospitalité ou même un peu d’eau pour baigner le petit. Hélas, les gens étaient ainsi faits, dans ce pays si triste, que personne ne voulait rien donner, ni eau, ni abri, pas même une bonne parole.
OR, tandis que la pauvre mère se trouvait ainsi seule, assise au bord du chemin pour allaiter le petit, tandis que son époux menait l’âne à boire à un puits communal, ne voilà-t-il pas que des cris se firent entendre à peu de distance. En même temps, le sol trembla sous le galop des chevaux approchants.
- Les soldats d’Hérode !
Où se réfugier ? Pas la moindre grotte, ni le plus petit palmier. Il n’y avait près de Marie qu’un buisson où une rose s’ouvrait.
- Rose, belle rose, supplia la pauvre mère, épanouis-toi bien et cache de tes pétales cet enfant que l’on veut faire mourir et sa pauvre mère à demi morte.
La rose, en fronçant le bouton pointu qui lui servait de nez, répondit :
- Passe vite ton chemin, jeune femme, car les bourreaux en m’effleurant pourraient me ternir. Vois la giroflée, tout près d’ici. Dis-lui de t’abriter. Elle a assez de fleurs pour te dissimuler.
- Giroflée, giroflée gentille, supplia la fugitive, épanouis-toi bien pour cacher de ton massif cet enfant condamnée à mort et sa maman épuisée.
La giroflée, tout en secouant les petites têtes de son bouquet, refusa sans même s’expliquer :
- Va, passe ton chemin pauvresse. Je n’ai pas le temps de t’écouter. Je suis trop occupée à partout me fleurir. Va voir la sauge, tout près d’ici. Elle n’a rien d’autre à faire que la charité.
- Ah ! Sauge, bonne sauge, supplia la malheureuse femme, épanouis-toi pour cacher de tes feuilles cet innocent dont on veut la vie et sa mère, à demi morte de faim, de fatigue et de peur.
Alors tant et si bien s’épanouit la bonne sauge qu’elle couvrit tout le terrain et de ses feuilles de velours fit un dais, où s’abritèrent l’Enfant Dieu et sa mère.
Sur le chemin, les bourreaux passèrent sans rien voir. Au bruit de leurs pas, Marie Frissonnait d’épouvante, mais le petit, caressé par les feuilles souriait. Puis, comme ils étaient venus, les soldats s’en allèrent. Quand ils furent partis, Marie et Jésus sortirent de leur refuge vert et fleuri.
- Sauge, sauge sainte, à toi grand merci. Je te bénis pour ton bon geste dont tous désormais se souviendront.
Lorsque Joseph les retrouva, il avait de la peine à soutenir le train de l’âne tout ragaillardi par une vaste platée d’orge qu’un brave homme lui avait donnée.
Marie remonta sur la bête en serrant contre elle son enfant sauvé. Et Michel, l’archange de Dieu, descendit des hauteurs du ciel pour leur tenir compagnie et leur indiquer le plus court chemin par lequel se rendre en Égypte, tout doucement à petites journées.
C’est depuis ce temps-là que la rose à des épines, la giroflée des leurs malodorantes, tandis que la sauge possède tant de vertus guérissantes. Comme on dit en Provence :
« Celui qui n’a pas recours à la sauge
Ne se souvient pas de la Vierge »
Auteur : Joseph Roumanille (repris par M. Toussaint-Samat), Légendes et récits de Noël.










